Kumano Sanzan
« Kumano Sanzan » est le terme utilisé pour faire référence à l’ensemble des trois Grands Sanctuaires situés dans la partie sud-est de la chaîne des Monts Kii : Kumano Hongu Taisha, Kumano Hayatama Taisha et Kumano Nachi Taisha. Deux temples bouddhistes, Seiganto-ji et Fudarakusan-ji se trouvent aussi associés de près à ces sites sacrés. À l’origine, chacun de ces trois Grands Sanctuaires avait leur propre forme de culte naturel distinct. Vers la fin du 10e siècle, chacun de ces sanctuaires, sous l’influence bouddhiste, a établi un culte élargi aux trois divinités gardiennes de la région. La trinité divine de Kumano Sanzan est alors devenue un amalgame unique de traditions bouddhistes et shinto : les divinités de Kumano étaient considérées comme les plus puissantes au Japon. Au 11e siècle, ces Grands Sanctuaires sont devenus une destination de pèlerinage pour la famille impériale et les aristocrates. Avant la fin du 15e siècle, ils furent par contre supplantés par une majorité de pèlerins d’origine modeste. Tant de gens visitaient cette région qu’on y faisait souvent référence comme étant une « procession de fourmis ». Depuis les temps préhistoriques, la région de Kumano a été considérée comme un lieu de guérison, une demeure mystique et sacrée des dieux.
Kumano Hongu Taisha 熊野本宮大社
Un long escalier de pierre mène à l‘enceinte sacrée de Kumano Hongu Taisha, située sur une arête montagneuse entourée de cèdres et cyprès géants. Les pavillons austères sont un exemple parfait de l’architecture des sanctuaires Shinto. L‘utilisation de matériaux naturels sans finition permet à ce bâtiment de se fondre dans son environnement naturel, comme s'il s'était de lui-même érigé à partir du sol fertile de Kumano. Très peu de clous et de rivets sont utilisés dans la construction des temples : de complexes emboîtements de pièces de bois tiennent la structure en place. Les pavillons ont été régulièrement rebâtis au cours de l'histoire après avoir subit des dommages par le feu et les inondations, mais le style architectural est demeuré constant depuis plus de 800 ans. Une surprenante diversité de pèlerins venait ici prier à cause de l'unique syncrétisme religieux présent dans les croyances de Kumano. Portez une attention particulière au Yatagarasu, la corneille géante à trois pattes, symbole de la région de Kumano.
Le festival de Hongu Matsuri qui a lieu tous les ans du 13 au 15 avril est la quintessence même des festivals de Kumano. Il est aussi intimement relié au pèlerinage et aux chemins de pèlerinage de Kumano. . Le 13 avril, des hommes et leurs jeunes fils sont purifiés dans les eaux sacrées de la plus vieille source chaude au Japon, Yunomine Onsen, et ensuite gravissent, en habits traditionnels, le col de Dainichigoe, sur la route de pèlerinage Kumano Kodo. Les jeunes garçons, cheminant jusqu'à Oyunohara sur les épaules de leurs pères, ont le symbole signifiant « grand » peint sur le front et ne doivent pas toucher le sol. L'atmosphère est sereine, traditionnelle, authentique et inspirante. Les moines ascétiques des montagnes, les Yamabushi, performent aussi un rituel du feu. Si vous êtes intéressés à faire l'expérience d'un festival traditionnel dans les montagnes spirituelles de Kumano, ce festival vous est fortement suggéré.
Oyunohara 大斎原
Le Grand Sanctuaire de Kumano Hongu Taisha se tenait à l’origine au site actuel d’Oyunohara, le delta au confluent des rivières Kumano-gawa et Otonashi-gawa. En 1889, une crue démesurée détruisit une grande portion du sanctuaire. Les matériaux récupérés ont servi à reconstruire les pavillons à leur site actuel, sur une colline 500 mètres au nord-ouest de l’ancienne enceinte du sanctuaire. Tous les chemins de pèlerinage de Kumano Kodo mènent à cet îlot sablonneux au milieu des montagnes : c’est là le centre spirituel du Japon. L'entrée en est aujourd'hui marquée par le plus grand arche Torii au monde.
Kumano Nachi Taisha 熊野那智大社
Le Grand Sanctuaire de Kumano Nachi Taisha est situé à mi-chemin du sommet du Mont Nachi, à environ 350 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le culte voué à la chute de Nachi-no-Otaki est à l’origine de ce sanctuaire. À 133 mètres de hauteur et treize mètres de largeur, la chute de Nachi est la plus haute du Japon, et peut même être observée depuis l’océan Pacifique. Nachi-no-Otaki prend sa source dans la forêt de conifères vierge des environs. Cette forêt, partie intégrante du sanctuaire de Nachi-no-Otaki, est protégée depuis les temps anciens, et est utilisée à ce jour pour l’entraînement ascétique des moines Yamabushi qui pratiquent le Shugendo (une religion mixte de croyances indigènes et étrangères). Le festival de Nachi-no-Hi Matsuri se tient à la base de cette magnifique chute d’eau. C’est un festival du feu au cours duquel de petits sanctuaires ou châsses Shinto portatifs de six mètres de haut, symbolisant la chute d’eau de Nachi, sont laborieusement purifiés par le feu d’énormes torches, qui sont, elles, maniées par des hommes vêtus de blanc. Les deux temples bouddhistes de Seiganto-ji et de Fudarakusan-ji sont étroitement reliés au sanctuaire de Kumano Nachi Taisha. Le temple de Seiganto-ji a été fondé au début du 5e siècle. Selon la légende, il a été créé par un un prêtre bouddhiste indien qui dériva jusqu’aux côtes du Japon, où il eut une révélation de Kannon, divinité bouddhiste de la clémence. Le temple de Seiganto-ji est aussi le premier site sacré du « Saigokujunrei » ou pèlerinage des 33 Kannon, qui débuta en 1161. Le temple de Fudarakusan-ji est situé approximativement à 6km en aval de la chute de Nachi-no-Otaki, près de la côte. C’est là que les prêtres bouddhistes accomplissaient leur martyre rituel en voguant sur la mer du Sud en quête de la Terre Pure bouddhiste, appelée Fudarakusan.
Kumano Hayatama Taisha 熊野速玉大社
Le Grand Sanctuaire de Kumano Hayatama Taisha est situé à l’embouchure de la rivière Kumano-gawa, là où le flot continuel des eaux en provenance des Monts sacrés de Kii se déverse dans l’immensité de l’océan Pacifique. La nature qui l’entoure fait partie intégrante de l’enceinte du Grand Sanctuaire et de ses rituels annuels. L’ancien arbre Nagi-no-Ki (Podocarpus nagi), âgé de plus de 800 ans, met en évidence l’importance du culte de la nature dans la région. Le 16 octobre, lors du festival Mifune Matsuri, les jeunes hommes des environs prennent place à bord de neuf bateaux à rames traditionnels. Avec toute la vigueur possible, ces bateaux bondés se font la course en amont de la rivière Kumano-gawa jusqu’à l’îlot Mifune-jima.
Autre site naturel révéré en tant que divinité, le roc géant Gotobiki-iwa est situé sur le Mont Gongen, à mi-chemin du sommet. À la base de ce monolithe, un sanctuaire appelé Kamikura-jinja est le site d’un autre rituel dynamique. L’Oto Matsuri est un festival du feu qui a lieu tous les ans le 6 février. À cette occasion, des hommes de tous âges revêtent des vêtements blancs et entourent une épaisse corde de paille autour de leur taille. Tout au cours de cette journée, les participants, appelés noboriko, ne mangent que de la nourriture blanche (le blanc symbolisant la pureté). Certains effectuent le shiogori (rituel purificateur dans l’océan) avant d’amorcer leur ascension de l’abrupt escalier menant à la clairière sous Gotobiki-iwa. Chaque participant transporte une torche allumée d’un feu béni. La tension monte et culmine lorsque les portes du sanctuaire s’ouvrent pour laisser s’échapper un dragon enflammé qui file jusqu’au bas de la montagne. Le ciel est illuminé des reflets orangés de la lumière sacrée, et des panaches de fumée s’élèvent au ciel, emportant avec eux les vœux et espoirs des hommes.
